Mémoire, Héritage et Construction d’une ville inclusive - ARDEPA
Diffusion et pédagogie de l’architecture
en Pays de la Loire

Mémoire, Héritage et Construction d’une ville inclusive

Publié le mer. 26 août 2026

Dans le cadre du 25e anniversaire de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Ardepa a proposé un cycle de trois actions complémentaires visant à interroger les héritages contemporains de cette histoire à travers le prisme de l’architecture, de l’urbanisme, du paysage et des politiques mémorielles.

Nantes, premier port négrier français, occupe une place centrale dans l’histoire de la traite transatlantique. Depuis les années 1990, la ville fait figure d’avant-garde en matière de politiques mémorielles. Toutefois, les espaces permettant d’articuler mémoire de l’esclavage et aménagement urbain restent encore rares. Pourtant, il nous semble essentiel de mieux comprendre comment cette histoire s’est inscrite dans la ville que nous traversons quotidiennement : dans sa forme, ses paysages, ses bâtiments, mais aussi dans ses usages. Ainsi, la ville devient un support vivant de transmission et cette mémoire se fait levier de compréhension du présent pour la construction d’une ville plus juste.

Inscrit dans le cadre de la programmation du mois des mémoires de la Ville de Nantes, le projet s’est décliné en trois temps complémentaires.

-* Visite urbaine « La ville, mémoire de la traite et de l’esclavage »

La traversée du territoire, du quartier Feydeau au Mémorial de l’abolition de l’esclavage, a permis d’identifier les traces visibles et invisibles de la traite : structuration urbaine, formes architecturales, bâtiments anciens et contemporains, matériaux, essences végétales, toponymie, œuvres publiques ou encore usages des espaces. Au-delà des traces directement associées à l’histoire négrière, cette approche a également permis de mieux comprendre comment ses héritages continuent de participer à la construction et à la perception de la ville contemporaine.

-* 2. Atelier participatif « Cartographier les traces de la traite »

Dans un second temps, l’atelier cartographique a prolongé cette exploration en considérant la ville comme un palimpseste vivant, dont les habitant·es pouvaient, à leur tour, interroger les récits et les représentations. À partir d’une grande carte de Nantes, les participant·es ont positionné des cartes représentant des lieux emblématiques de la traite, mais aussi des héritages plus indirects ou inattendus. Les témoignages des participant·es, ainsi que les temps d’échange et de débat, ont permis de questionner collectivement le devenir de nos espaces communs. L’atelier a ouvert une réflexion sur les manières dont la ville pouvait aujourd’hui mieux prendre en compte cet héritage, à travers ses espaces publics, ses équipements, ses dispositifs de médiation et ses politiques mémorielles.

Enfin, ce temps a permis de tester pour la première fois cet outil de cartographie collaborative. L’expérience a fait émerger des pistes d’évolution pour continuer à l’alimenter et à l’ajuster, avec la perspective d’une diffusion plus large du format.

-* Conférence « Regard comparatif des ville atlantiques : politiques mémorielles et enjeux contemporains »

La conférence a prolongé les réflexions engagées lors de la visite et de l’atelier en proposant un temps de recul et de mise en perspective historique, urbaine et politique. Une approche comparative entre Nantes et plusieurs autres villes portuaires atlantiques a permis de replacer le cas nantais dans un contexte plus large et de mettre en lumière la diversité des manières de reconnaître, de valoriser et de transmettre cette histoire dans l’espace public. En croisant histoire, aménagement et politiques mémorielles, cette dernière rencontre a permis d’interroger les mécanismes de mise en mémoire, le rôle des institutions culturelles et des villes, mais aussi la place des initiatives citoyennes et associatives dans la transmission de cette histoire.

À travers ces trois temps complémentaires, l’Ardepa a proposé de considérer la ville non seulement comme un lieu où la mémoire s’inscrit, mais comme un espace à observer, à questionner et à faire évoluer. En reliant histoire, architecture, urbanisme, pratiques habitantes et politiques mémorielles, le projet a cherché à faire de la compréhension des héritages de la traite un outil pour penser la ville contemporaine et les conditions d’une ville plus inclusive.